Il a tué sa mère : à El Jadida, la peine de mort prononcée en première instance pour un meurtre d'ascendant
La chambre criminelle de première instance près la cour d'appel d'El Jadida a condamné à mort, fin octobre 2026, un homme d'une quarantaine d'années reconnu coupable du meurtre avec préméditation et guet-apens de sa mère, âgée d'environ 70 ans, à douar Chouirf, dans la commune de Moulay Abdellah. Les faits remontent à juillet 2026. Un verdict de première instance, susceptible d'appel, qui rappelle ce que le Code pénal prévoit pour le meurtre d'un ascendant — et que la peine capitale, toujours prononcée au Maroc, n'y est plus exécutée depuis 1993.
🗓️ Affaire du 30 octobre 2026
L’histoire
C’est le lien le plus protégé qui soit — celui d’une mère et de son fils — qui se trouve au cœur de ce dossier. Fin octobre 2026, la chambre criminelle de première instance près la cour d’appel d’El Jadida, présidée selon Al Massae par le juge Hamza El Habib, a prononcé la peine de mort contre un homme d’une quarantaine d’années, reconnu coupable du meurtre avec préméditation et guet-apens de sa mère, âgée d’environ 70 ans. Le verdict a été rapporté les 29 et 30 octobre 2026 par El Jadida 36 (reprenant le quotidien Assabah) et par Al Massae. Ni l’accusé ni la victime ne sont nommés dans ces comptes rendus, et cet article ne cherchera pas à les identifier : seule compte ici la mécanique judiciaire d’un verdict exceptionnel.
Les faits remontent à juillet 2026, à douar Chouirf, dans la commune de Moulay Abdellah, près d’El Jadida. Selon les comptes rendus publiés, une agression violente commise au domicile familial contre la mère septuagénaire avait alerté le centre territorial de la Gendarmerie royale de Moulay Abdellah. Les gendarmes avaient interpellé le fils sur place ; la victime, grièvement blessée, avait été transportée à l’hôpital provincial Mohammed V d’El Jadida, où elle avait succombé à ses blessures.
L’homme avait ensuite été déféré devant le procureur général du Roi près la cour d’appel d’El Jadida, qui avait ordonné sa poursuite en état de détention pour meurtre intentionnel avec préméditation et guet-apens commis sur un ascendant. Devant la chambre criminelle, un point avait retenu l’attention des personnes présentes, rapportent les deux sources : le comportement de l’accusé lors de son interrogatoire, qui semblait vouloir donner l’impression d’un trouble de ses facultés mentales. El Jadida 36 prend soin de le préciser : cela ne vaut aucun diagnostic médical établi. La cour, au terme des débats, l’a déclaré coupable et a prononcé la peine capitale.
Une précision de statut, essentielle : il s’agit d’un jugement de première instance. Il peut être frappé d’appel, qui rouvrira l’examen des faits et du droit devant la chambre criminelle d’appel, et il ne deviendra définitif qu’à l’issue de l’ensemble des voies de recours. Et même définitif, un arrêt de mort marocain ne signifie pas une exécution programmée : le Maroc n’a procédé à aucune exécution depuis 1993, tout en continuant de prononcer des condamnations capitales chaque année.

Ce que ça enseigne sur le droit
Derrière ce verdict d’une sévérité extrême, cinq mécanismes du droit pénal marocain méritent d’être compris :
- Meurtre, assassinat, meurtre d’ascendant : trois qualifications, une échelle : le Code pénal punit le meurtre simple — donner intentionnellement la mort à autrui — de la réclusion perpétuelle (article 392). Lorsque le meurtre est commis avec préméditation ou guet-apens, il prend le nom d’assassinat et devient puni de mort (article 393). Et le texte vise spécialement la victime : quiconque donne intentionnellement la mort à son père, à sa mère ou à tout autre ascendant est coupable du crime prévu à l’article 396, lui aussi puni de la peine de mort. Dans le dossier d’El Jadida, les circonstances aggravantes se cumulaient dans la poursuite : la préméditation et le guet-apens (article 393), et la qualité de la victime — la mère de l’accusé (article 396).
- Préméditation et guet-apens ont des définitions légales précises : la préméditation, selon l’article 394, est le dessein formé avant l’action d’attenter à la personne d’un individu déterminé — ou même d’un individu indéterminé que l’on trouvera ou rencontrera. Le guet-apens, selon l’article 395, consiste à attendre, pendant un temps plus ou moins long, en un ou plusieurs lieux, un individu pour lui donner la mort ou exercer sur lui des actes de violence. Ce ne sont pas des mots de langage courant : ce sont des éléments que le parquet doit établir et que la cour doit caractériser, car ils font basculer la peine encourue de la perpétuité à la peine capitale.
- Une peine de mort prononcée n’est pas une peine de mort exécutée : le Maroc conserve la peine capitale dans ses textes et ses tribunaux continuent de la prononcer, mais aucune exécution n’a eu lieu depuis celle du commissaire Tabet en 1993 — un moratoire de fait vieux de plus de trente ans. La Constitution de 2011 proclame en son article 20 que « le droit à la vie est le droit premier de tout être humain » et que « la loi protège ce droit », et le débat sur l’abolition formelle traverse régulièrement la vie publique et parlementaire. Concrètement, les condamnés à mort restent incarcérés, le plus souvent pour de très longues années, pendant que leur peine demeure suspendue à une décision qui n’est jamais venue depuis 1993.
- Un verdict criminel de première instance n’est jamais la fin de l’histoire : les décisions des chambres criminelles de première instance peuvent être frappées d’appel dans les délais légaux ; la chambre criminelle d’appel réexamine alors l’affaire en fait et en droit, et peut confirmer, réformer ou annuler. Un pourvoi en cassation peut ensuite porter sur la seule application du droit. Tant que ces voies ne sont pas épuisées ou expirées, parler de verdict « définitif » serait juridiquement faux — et c’est pourquoi cet article présente la décision d’El Jadida pour ce qu’elle est : un jugement de première instance, grave, mais encore susceptible d’être remis en discussion.
- Le trouble mental ne se joue pas à l’audience, il s’établit par expertise : en droit pénal, ce qui peut écarter ou atténuer la responsabilité, c’est un trouble ayant aboli le discernement au moment des faits, constaté selon les règles de l’expertise médicale ordonnée par la justice. Un comportement étrange dans le box, rapporté par des témoins de l’audience, n’est pas un diagnostic et ne suffit pas, à lui seul, à emporter une décision d’irresponsabilité : c’est précisément la mise en garde que formule l’une des sources de ce dossier. La cour d’El Jadida a, pour sa part, retenu la pleine responsabilité de l’accusé au terme des débats dont la presse a rendu compte.
Et sur KAN3REF ?
Pour suivre le parcours complet d’un dossier criminel — de l’enquête à la première instance, puis à l’appel et à la cassation — notre fiche sur le nouveau Code de procédure pénale (loi 03.23) détaille chaque étape et les droits de chacun. Les droits d’une personne interpellée sont expliqués dans notre fiche sur la garde à vue et vos droits. Et pour comprendre comment la peine de mort a cessé d’être appliquée au Maroc sans disparaître des textes, (re)lisez notre récit de l’affaire du commissaire Tabet (1993), la dernière exécution pratiquée dans le Royaume. Si ce dossier d’El Jadida connaît une suite en appel, elle sera racontée ici même.
Sources
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