Le juge devenu prévenu : à Rabat, l'ancien juge Walid Talibi condamné à trois ans de prison ferme dans l'affaire Girando
Le mardi 27 octobre 2026, la cour d'appel de Rabat a condamné l'ancien juge d'instruction Walid Talibi à trois ans de prison ferme, dans le dossier de ses contacts présumés avec le youtubeur Hicham Girando, présenté comme en fuite : divulgation alléguée de secrets professionnels et enregistrements audio attribués aux deux hommes avaient placé un magistrat au cœur d'un procès suivi dans tout le pays. Décision de la cour d'appel, susceptible d'un pourvoi en cassation.
🗓️ Affaire du 27 octobre 2026
L’histoire
Il a siégé des années du côté de ceux qui jugent. Le mardi 27 octobre 2026, la cour d’appel de Rabat a rendu sa décision dans le dossier de Walid Talibi : trois ans de prison ferme pour l’ancien magistrat, dans l’affaire de ses contacts avec Hicham Girando, youtubeur présenté par la presse comme en fuite à l’étranger et poursuivi, selon les mêmes sources, dans des dossiers de diffamation et d’escroquerie présumées — des accusations qui le concernent lui, et qui suivent leur propre cours.
Walid Talibi n’était pas un magistrat anonyme. Juge d’instruction au tribunal correctionnel d’Aïn Sebaâ, à Casablanca, il avait aussi présidé les audiences de la salle 7, celle des affaires de presse et de publication — des dossiers sensibles, où son nom avait déjà alimenté de vifs débats dans les médias. Selon les comptes rendus de presse, son arrestation et son placement en détention, à la prison d’Al Arjat, avaient suivi la circulation d’enregistrements audio attribués aux deux hommes : des conversations qui, toujours selon ces comptes rendus, auraient porté sur des responsables, des magistrats et des informations sensibles touchant le secteur de la justice.
Au cœur des poursuites, selon les sources qui rapportent le verdict : la divulgation de secrets professionnels et la communication avec une personne recherchée par la justice. C’est sur ce dossier que la cour d’appel de Rabat a tranché ce mardi, au terme d’une procédure qui a tenu en haleine les milieux judiciaires et médiatiques pendant des mois — quatre médias au moins ont rapporté le verdict le jour même, avec la même peine et la même juridiction.
Une précision de statut s’impose : il s’agit d’une décision de la cour d’appel. Elle peut encore faire l’objet d’un pourvoi en cassation, qui porterait sur l’application du droit et non sur un nouvel examen des faits. Elle n’aura donc valeur définitive qu’à l’issue de cette voie — exercée ou laissée expirer. Et les faits reprochés à Hicham Girando lui-même, comme les circonstances exactes des contacts reprochés à l’ancien juge, restent ceux qu’ont retenus les juges de Rabat sur la base du dossier qui leur était soumis.

Ce que ça enseigne sur le droit
Derrière ce verdict, cinq mécanismes méritent d’être compris :
- Le magistrat est tenu au secret — et ce secret protège le justiciable : un juge, en particulier un juge d’instruction, a accès à des informations couvertes par le secret de l’instruction et le secret professionnel. Les divulguer — à qui que ce soit, et à plus forte raison à une personne extérieure à la procédure — n’est pas une simple faute de comportement : c’est une infraction pénale, en plus d’une faute disciplinaire. Ce secret n’existe pas pour protéger les juges, mais pour garantir que les dossiers se jugent au tribunal, pas sur la place publique.
- Un juge peut être jugé : la qualité de magistrat ne place personne au-dessus de la loi. Lorsqu’un magistrat est poursuivi, des règles spéciales de compétence confient le dossier à une juridiction d’un niveau adapté, pour éviter qu’il ne soit jugé par ses collègues directs. Le principe est le même pour tous : la responsabilité pénale est personnelle, quelle que soit la fonction exercée.
- Un enregistrement qui circule n’est pas, à lui seul, une preuve : lorsqu’une affaire naît d’enregistrements audio diffusés en ligne, le tribunal doit en établir l’authenticité, le contexte et la valeur probante, et la défense peut les contester. Une voix attribuée à quelqu’un sur les réseaux sociaux ne vaut pas aveu : c’est l’examen contradictoire, devant le juge, qui transforme un élément qui circule en élément de preuve — ou l’écarte.
- Être en contact avec une personne recherchée peut devenir un délit : communiquer avec une personne en fuite ou poursuivie n’est pas automatiquement une infraction — tout dépend de ce qui est échangé et dans quel but. Mais lorsque le contact sert, selon l’accusation, à transmettre des informations protégées ou à alimenter des campagnes de diffamation présumées, il entre dans le champ pénal. Pour un détenteur d’informations sensibles, la frontière est encore plus nette : le devoir de réserve s’impose en toute circonstance.
- Après la cour d’appel, il reste la cassation : le pourvoi devant la Cour de cassation ne rejuge pas les faits ; il contrôle la bonne application du droit par la juridiction qui a statué. Tant que ce délai court ou que ce recours est pendant, on parle d’une décision de la cour d’appel — qui produit ses effets selon les règles applicables, détention comprise, mais qui n’est pas encore irrévocable au sens plein.
Et sur KAN3REF ?
Pour comprendre comment un dossier pénal avance — de l’enquête au jugement, puis aux voies de recours — notre fiche sur le nouveau Code de procédure pénale (loi 03.23) détaille tout le parcours et les droits de chacun à chaque étape. Les droits d’une personne placée en garde à vue ou poursuivie sont expliqués dans notre fiche sur la garde à vue et vos droits. Et si vous êtes témoin ou victime d’une divulgation ou d’une diffamation, notre fiche sur le dépôt de plainte auprès du procureur du Roi explique par où commencer. Si un pourvoi en cassation est formé dans ce dossier, sa suite sera racontée ici même.
Sources
- Ach-Chouaa (الشعاع), « السجن النافذ ثلاث سنوات للقاضي السابق وليد الطالبي بتهمة التخابر مع جيراندو » (27/10/2026)
- Zone24, « التخابر مع جيراندو.. إدانة القاضي وليد الطالبي بثلاث سنوات حبساً » (27/10/2026)
- ExpressTV, « قضية التخابر مع جيراندو تنتهي بثلاث سنوات حبسا نافذا للقاضي وليد الطالبي » (27/10/2026)
- Tetouan7, « ثلاث سنوات حبساً نافذاً للقاضي وليد الطالبي في قضية التخابر مع هشام جيراندو » (27/10/2026)
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