Travail
SMIG et salaires : les montants en vigueur
Validé par Mehdi Tazi
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FICHE B6 — SMIG ET SALAIRES : LES MONTANTS EN VIGUEUR
Domaine : Travail (Code du travail) — rédigé par l’équipe Kan3ref
1. Le problème
Khadija, 24 ans, est embauchée comme serveuse dans un café de Marrakech, à temps plein. On lui propose 2 800 DH par mois. « C’est un bon salaire pour commencer », lui dit le patron. Khadija n’est pas sûre : existe-t-il un salaire minimum en dessous duquel aucun employeur ne peut descendre ? Et son cousin, qui travaille comme ouvrier dans une ferme près d’Agadir, est-il soumis aux mêmes règles qu’elle ?
Au Maroc, la loi fixe un salaire minimum que tout employeur du secteur privé doit respecter : le SMIG (et le SMAG dans l’agriculture). Ces montants sont revalorisés régulièrement — et beaucoup de salariés ignorent le montant exact en vigueur. Cette fiche donne les montants actuels, explique comment vérifier que votre paie est conforme, et ce que vous pouvez faire si elle ne l’est pas.
2. Ce que dit la loi
Le SMIG : un plancher légal. Le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) est le salaire horaire minimum que tout employeur du secteur privé non agricole — industrie, commerce, services — doit verser à ses salariés. Aucun salarié à temps plein ne peut être payé en dessous de ce plancher, quel que soit son poste.
Les montants en vigueur. Depuis le 1er janvier 2026, le SMIG est fixé à 17,92 DH de l’heure (décret n° 2.25.983, adopté en Conseil de gouvernement le 18 décembre 2025 — deuxième tranche de l’accord social tripartite du 29 avril 2024). Sur la base usuelle de 191 heures par mois (44 heures par semaine), cela représente 3 422,72 DH brut par mois.
Le SMAG pour l’agriculture. Dans le secteur agricole et forestier, c’est le Salaire Minimum Agricole Garanti (SMAG) qui s’applique : 97,44 DH par jour, en vigueur depuis le 1er avril 2026. Le cousin de Khadija, ouvrier agricole, relève donc d’un barème différent du sien — journalier et non horaire.
Brut, pas net. Le SMIG est un montant brut : les cotisations sociales (CNSS, assurance maladie obligatoire) en sont déduites avant le versement du salaire. Le montant net effectivement perçu est donc inférieur au SMIG brut — de l’ordre de 3 190 DH net pour un SMIG à temps plein. En revanche, au niveau du SMIG, le salarié ne paie en pratique pas d’impôt sur le revenu : son revenu net imposable reste sous le seuil d’exonération.
Tout accord en dessous du SMIG est nul. Un contrat — même signé librement par le salarié — qui prévoit un salaire inférieur au SMIG est illégal : la clause est nulle et l’employeur doit appliquer le minimum légal. L’employeur qui paie en dessous du SMIG s’expose à des sanctions (amendes, rappel des salaires dus). Dans l’exemple de Khadija, les 2 800 DH proposés pour un temps plein sont inférieurs au minimum légal : son patron doit revoir son offre à la hausse.
Comment calculer votre minimum. Pour un temps plein : taux horaire du SMIG × 191 heures. Pour un temps partiel : taux horaire du SMIG × le nombre d’heures réellement travaillées dans le mois. Les heures supplémentaires se paient en plus du salaire de base, avec majoration — elles ne peuvent pas être « incluses » dans un salaire qui serait inférieur au minimum légal.
Des montants qui évoluent. Le SMIG est revalorisé périodiquement par décret, après négociation entre le gouvernement et les partenaires sociaux (syndicats et patronat). Les montants de cette fiche sont ceux en vigueur à la date de rédaction : vérifiez toujours le montant applicable au moment où vous en avez besoin.
3. Les démarches pas à pas
- Calculez votre taux horaire. Divisez votre salaire brut mensuel par le nombre d’heures travaillées dans le mois, puis comparez le résultat au SMIG horaire en vigueur.
- Vérifiez votre bulletin de paie. Le taux horaire, le nombre d’heures et le salaire brut doivent y figurer clairement. Un bulletin de paie est obligatoire : son absence est déjà un signal d’alerte.
- Vérifiez votre déclaration à la CNSS. Le salaire déclaré par votre employeur doit correspondre à votre salaire réel. Un salaire sous-déclaré réduit vos droits futurs (retraite, indemnités journalières).
- Si vous êtes payé sous le SMIG, écrivez à votre employeur. Demandez par écrit (lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise en main propre contre décharge) la régularisation de votre salaire et le rappel des sommes dues depuis le début.
- Sans réponse, saisissez l’inspection du travail. La démarche est gratuite : l’inspecteur peut contrôler l’entreprise et tenter une conciliation.
- En dernier recours, portez le litige devant la chambre sociale du tribunal pour obtenir le rappel des salaires. Conservez tous vos bulletins de paie : ce sont vos meilleures preuves.
4. Les pièges à éviter
- Accepter un salaire sous le SMIG « en attendant des jours meilleurs ». Même avec votre accord, c’est illégal — et vous pourrez réclamer le rappel plus tard, mais mieux vaut agir vite : les délais de prescription existent.
- Confondre brut et net. Un « 3 000 DH net » peut cacher un brut conforme… ou non. Faites toujours le calcul sur le brut, qui est la seule référence légale.
- Les avantages en nature. Logement, nourriture, transport : vérifiez comment ils sont pris en compte dans votre rémunération. En cas de doute sur leur valeur ou leur licéité, demandez l’avis de l’inspection du travail.
- Travailler plus de 44 heures sans majoration. Les heures supplémentaires doivent être payées en plus du salaire de base, avec majoration. Un « forfait tout compris » inférieur au minimum légal ne tient pas.
- Le faux stage ou « l’essai gratuit ». Toute période de travail effectif doit être rémunérée au moins au SMIG horaire — l’essai, lui aussi (voir fiche B5).
- Dans l’agriculture, vérifier le bon barème. C’est le SMAG (journalier) qui s’applique, pas le SMIG (horaire) : ne comparez pas votre paie au mauvais montant.
- Se fier à un montant entendu « il y a deux ans ». Le SMIG augmente régulièrement : un montant qui était exact en 2024 ne l’est plus forcément aujourd’hui.
5. Sources
- Code du travail marocain, loi n° 65-99 (salaire minimum)
- Décret n° 2.25.983 (revalorisation SMIG/SMAG — adopté en Conseil de gouvernement le 18 décembre 2025)
- CNSS (cotisations, déclarations de salaire)
- Inspection du travail (contrôle et conciliation)
⚠️ Cette fiche est une information générale, pas un avis d’avocat.
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