Le meurtre de Badr à Aïn Diab : la peine de mort en première instance, un appel toujours en cours
Badr, 23 ans, doctorant, est tué sur le parking d'un fast-food à Aïn Diab en juillet 2023. En avril 2024, la peine de mort tombe en première instance.
🗓️ Affaire du 15 avril 2024
Il venait d’obtenir son visa pour le Canada et fêtait la nouvelle avec ses amis. Quelques heures plus tard, Badr Bouljoihel, doctorant en chimie de 23 ans, gisait sans vie sur le parking d’un restaurant de la corniche d’Aïn Diab, à Casablanca, frappé puis écrasé par une voiture. La scène, filmée par des caméras de surveillance, a horrifié le Maroc entier et donné naissance au mot d’ordre « justice pour Badr ». En avril 2024, la justice de première instance a prononcé la peine maximale. Mais cette affaire n’est pas close : le procès en appel, toujours en cours, doit tout rejuger. Voici ce que l’on sait, étape par étape.
L’histoire
Dans la nuit du 29 au 30 juillet 2023, Badr Bouljoihel dîne avec des amis dans un fast-food d’Aïn Diab. Selon les éléments présentés au procès, une dispute éclate entre son groupe et un autre groupe de jeunes ; les agents de sécurité séparent tout le monde. Mais à la sortie, la victime et ses amis sont attendus sur le parking. Badr est violemment frappé, s’effondre, puis le principal suspect démarre et roule délibérément sur lui, après avoir retiré les plaques d’immatriculation de son véhicule — c’est en tout cas la thèse de l’accusation, appuyée sur la vidéo de surveillance projetée à de nombreuses reprises pendant les audiences.
Les suspects fuient vers Laâyoune. Le conducteur présumé, Achraf R., que la presse surnomme « Ould Lfchouch », y est arrêté dès le 31 juillet 2023, localisé grâce au travail des services de sécurité. Quatre autres hommes sont poursuivis avec lui, dont Amine R., qui a prétendu pendant l’enquête être le conducteur à la place du principal accusé, et Hamid A., un proche par alliance de ce dernier, accusé d’avoir organisé leur fuite vers Laâyoune.
Le procès s’ouvre devant la chambre criminelle de première instance de la cour d’appel de Casablanca. L’accusation insiste sur un élément glaçant : Achraf R. avait déjà été condamné, en 2019, pour un accident mortel de la circulation qualifié alors d’homicide involontaire — un an de prison ferme ajouté en appel, une amende portée à 30 000 dirhams et un permis suspendu deux ans. Pour le parquet, le dossier de 2023 relève cette fois du meurtre avec préméditation, et il requiert la peine capitale.
Le 16 avril 2024, le verdict tombe : peine de mort pour Achraf R., reconnu coupable de meurtre avec préméditation, tentative de meurtre, participation à un vol et violences. Amine R. est condamné à la perpétuité, Abderrafik Z. à vingt-cinq ans de réclusion, Ahmed S. à vingt ans, et Hamid A. à cinq ans pour avoir aidé les fuyards. La cour alloue en outre 500 000 dirhams à chacun des parents de Badr, 100 000 dirhams à chacune de ses sœurs et 30 000 dirhams aux autres parties civiles.
Mais en matière criminelle, un verdict de première instance n’est jamais le dernier mot. Les condamnés ont fait appel, et la chambre criminelle d’appel de Casablanca a rouvert le dossier. En 2025, les audiences ont été reportées à plusieurs reprises, notamment pour permettre la comparution de témoins qui poursuivent leurs études à l’étranger et que le parquet juge indispensables. Au moment où nous écrivons, aucun verdict d’appel n’a encore été rendu : les peines prononcées en 2024 ne sont donc pas définitives, et chacun des accusés conserve les droits attachés à un procès qui se poursuit.
Ce que ça enseigne sur le droit
- La préméditation change tout : entre un accident mortel de la route — homicide involontaire, puni de peines correctionnelles — et un meurtre avec préméditation, la différence tient à l’intention et à la préparation de l’acte. Le même homme, Achraf R., a connu les deux qualifications à cinq ans de distance, avec des conséquences pénales sans commune mesure.
- La vidéo est devenue une preuve reine : la séquence de surveillance du parking a été projetée à plusieurs reprises pendant les audiences et explicitement invoquée par le parquet. En droit marocain, un enregistrement vidéo peut constituer un élément de preuve, que la cour apprécie souverainement — la défense pouvant toujours en contester le contenu ou l’interprétation.
- Aider un fugitif est un crime en soi : conduire des suspects vers une autre ville, les cacher ou taire un crime expose à des poursuites pour complicité d’évasion ou non-dénonciation. Hamid A. en a fait l’expérience : cinq ans de prison, alors qu’il n’était pas présent au moment des faits.
- L’appel criminel repart de zéro : la chambre d’appel ne fait pas que vérifier le premier verdict ; elle réentend les témoins, réexamine les preuves et peut confirmer, réduire, aggraver ou annuler les peines. C’est pourquoi ce dossier, malgré un premier verdict spectaculaire, n’est juridiquement pas terminé.
- La partie civile chiffre le préjudice : les parents, les sœurs et l’ami blessé de Badr se sont constitués parties civiles et ont obtenu des indemnités distinctes — un rappel que le procès pénal sert aussi à réparer, financièrement, le dommage subi par les proches.
Et sur KAN3REF ?
Que se passe-t-il exactement entre un verdict de première instance et le procès en appel ? Notre fiche sur les voies de recours, dans la rubrique procédure pénale, explique l’appel, la cassation et ce qui rend une condamnation « définitive ». Nous raconterons ici l’épilogue de l’affaire Badr dès que la cour d’appel aura rendu son verdict.
Sources
- Yabiladi, « Assassinat de Badr Bouljoihel : le meurtrier condamné à la peine de mort » (17/04/2024) — https://www.maghress.com/fr/yabiladi/148702
- Al Aoual, « La convocation de témoins de l’étranger ajourne l’examen du dossier des accusés du meurtre du jeune Badr » (19/05/2025) — https://www.maghress.com/alaoual/434905
À la une aussi
Justice du quotidien Élections des barreaux : les anciens bâtonniers ne pourront pas se représenter, le tribunal de Casablanca a tranché 🗓️ 16 octobre 2026
Famille & héritage Veuve à 52 ans, un dossier à construire : les premières démarches d'une succession chez les adoul 🗓️ 14 octobre 2026
Justice du quotidien Pas d'argent pour un avocat ? L'aide judiciaire, la porte que beaucoup de justiciables ignorent 🗓️ 14 octobre 2026 Guide gratuit
10 droits que tout Marocain ignore
Achat en ligne, licenciement par WhatsApp, CNSS, garde à vue… Recevez le guide complet par email, et nos nouvelles fiches chaque semaine.