Soulaiman Raissouni : cinq ans de prison confirmés pour le journaliste
Arrêté en mai 2020, le journaliste Soulaiman Raissouni est condamné à cinq ans de prison pour attentat à la pudeur avec violence, peine confirmée en appel.
🗓️ Affaire du 22 février 2022
C’est un procès qui s’est joué sur une parole contre une autre — et dans une atmosphère électrique, entre défense des droits des victimes et défense de la liberté de la presse. Soulaiman Raissouni, rédacteur en chef du quotidien Akhbar Al Yaoum et chroniqueur connu pour ses positions critiques envers les autorités, a été arrêté en mai 2020 après la plainte d’un jeune homme l’accusant d’une agression sexuelle. Condamné à cinq ans de prison en première instance, il a vu sa peine confirmée en appel en février 2022, puis validée en cassation, avant d’être gracié en 2024. Il a toujours nié les faits et dénoncé un procès lié à ses opinions.
L’histoire
En mai 2020, un jeune homme dépose plainte contre Soulaiman Raissouni : il l’accuse de l’avoir agressé sexuellement au domicile du journaliste. Raissouni est arrêté le 22 mai 2020 et placé en détention. Il conteste immédiatement la version du plaignant et soutient que l’affaire a été montée en raison de ses écrits.
Le procès s’ouvre devant la chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca. L’accusation repose largement sur le récit du plaignant ; la défense, menée notamment par Me Miloud Kandil, multiplie les demandes : convocation de témoins — dont une employée de maison qui, selon elle, se trouvait sur les lieux —, expertise des lieux, examen des communications téléphoniques du plaignant. Selon les avocats et les organisations de défense des droits humains qui ont suivi le procès, la plupart de ces demandes sont rejetées. Pendant sa détention, le journaliste mène une longue grève de la faim qui dégrade sérieusement son état de santé et attire l’attention internationale sur son cas.
En juillet 2021, la cour le déclare coupable d’attentat à la pudeur avec violence et le condamne à cinq ans de prison ferme, assortis d’une indemnisation de 100 000 dirhams au profit de la partie civile.
Le procès en appel s’achève le 23 février 2022 : la cour d’appel de Casablanca confirme intégralement la peine et l’indemnisation. Reporters sans frontières, l’Association marocaine des droits humains et la Coalition marocaine des instances des droits humains dénoncent des « irrégularités » non prises en compte et un procès qu’ils jugent inéquitable ; le plaignant, de son côté, a fait valoir publiquement que présenter l’affaire comme politique revenait à nier son droit, comme victime, à obtenir justice. Le gouvernement, lui, a constamment rappelé l’indépendance de la justice.
La défense se pourvoit en cassation — sans succès : la Cour de cassation rejette le recours, rendant la condamnation définitive. Le 29 juillet 2024, Soulaiman Raissouni fait partie des journalistes et militants libérés par grâce royale à l’occasion de la Fête du Trône. En janvier 2025, sa partie civile engage l’exécution du jugement pour recouvrer les 100 000 dirhams alloués : la grâce a clos la peine de prison, pas le volet civil du dossier.
Ce que ça enseigne sur le droit
- L’attentat à la pudeur avec violence, une infraction criminelle : prévu par le Code pénal marocain, il punit de cinq à dix ans de réclusion les actes sexuels imposés par la violence, la contrainte ou la surprise, hors les cas de viol stricto sensu. Raissouni a été condamné au minimum de cette échelle.
- Dans les procès de violences sexuelles, la parole est souvent la preuve centrale : ces faits se déroulent sans témoin direct. Le juge doit alors apprécier la crédibilité des récits, leur constance et les éléments matériels qui les entourent — ce qui explique l’importance des demandes d’expertise et de confrontation formulées par les deux camps.
- Les demandes de la défense structurent le procès équitable : convoquer un témoin, ordonner une expertise, verser une pièce au dossier : lorsque ces demandes sont rejetées, la cour doit motiver son refus. C’est sur ce terrain — celui des garanties de procédure — que se sont concentrées les critiques des ONG dans ce dossier.
- Cassation rejetée, condamnation définitive : après l’appel et le rejet du pourvoi, il n’existe plus de recours ordinaire. La seule issue restante n’est plus juridictionnelle mais relève de la grâce.
- La grâce n’efface pas la réparation due à la victime : comme dans l’affaire Bouachrine, la libération graciée de 2024 n’a pas annulé l’indemnité de 100 000 dirhams, dont l’exécution a été poursuivie en 2025.
Et sur KAN3REF ?
Comment porter plainte pour agression sexuelle, et quelles garanties protègent à la fois la victime et l’accusé pendant le procès ? Nos fiches de la rubrique droit pénal expliquent le parcours d’une plainte, du commissariat à la chambre criminelle, et les droits de chaque partie à chaque étape.
Sources
- Yabiladi, « Maroc : des ONG des droits humains réagissent au nouveau verdict contre Soulaiman Raïssouni » (24/02/2022) — https://www.maghress.com/fr/yabiladi/124654
- Barlamane, « Les victimes de Soulaiman Raissouni et Toufik Bouachrine engagent l’exécution des jugements civils » (04/01/2025) — https://www.maghress.com/fr/barlamanefr/434916
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