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Illustration aquarelle marine et or de l'intérieur d'un cybercafé casablancais des années 2000, la nuit : deux rangées d'écrans cathodiques bleutés, carrelage en zellige, une chaise renversée, la rue sombre visible par la porte ouverte
Grandes affaires criminelles

Casablanca 2007 : le cybercafé, la traque d'avril et le procès des quarante-cinq

En 2007, Casablanca revit la peur des attentats-suicides. Un procès géant juge ensuite le réseau démantelé après l'explosion d'un cybercafé de Sidi Moumen.

🗓️ Affaire du 15 octobre 2008

Quatre ans après le 16 mai 2003, Casablanca a cru revivre son cauchemar. Au printemps 2007, une série d’explosions-suicides secoue à nouveau la métropole — toutes liées à un réseau que la police démantèle en quelques semaines, au prix d’une course-poursuite mortelle dans les rues de Hay El Fida. Le procès qui suit, en octobre 2008, juge plus de quarante accusés et pose une question que tout citoyen peut un jour se poser : que risque-t-on, au Maroc, quand on sait — et qu’on se tait ?

L’histoire

Tout commence le 11 mars 2007, dans un cybercafé de Sidi Moumen. Le gérant surprend un client, Abdelfettah Raydi, en train de consulter un site jihadiste et tente de le retenir. L’homme actionne la ceinture d’explosifs qu’il porte sur lui : il est le seul tué. Son compagnon, Youssef Khoudri, s’enfuit. Il sera capturé par la suite, et son interrogatoire, selon l’accusation, met les enquêteurs sur la piste d’un réseau qui préparait des attaques contre le port de Casablanca et des commissariats.

Le 10 avril 2007, une vaste opération de police vise les membres présumés du réseau dans le quartier de Hay El Fida. Trois suspects se font exploser au cours de l’intervention ; un quatrième est abattu alors qu’il tentait, selon les autorités, d’actionner sa charge. Un policier perd la vie dans l’une des explosions. Quatre jours plus tard, le 14 avril, deux autres kamikazes se font sauter près du consulat des États-Unis et du centre culturel américain ; une passante est blessée.

Le procès s’ouvre devant la chambre criminelle de Salé, spécialisée dans les affaires de terrorisme. Le 16 octobre 2008, le verdict tombe contre plus de quarante accusés : les peines vont de deux à trente ans de prison — trente ans pour Abdelkrim Aot Ougard, quinze ans pour Youssef Khoudri — et quelques acquittements sont prononcés. Les chefs de condamnation dessinent l’anatomie d’un réseau : constitution de bande terroriste, fabrication d’explosifs, vols et faux pour financer et équiper le groupe… et, pour plusieurs accusés, la non-dénonciation des projets d’attentats.

Ce que ça enseigne sur le droit

  1. Se taire peut être un délit : la loi 03-03 punit la non-dénonciation d’infractions terroristes. Celui qui a connaissance d’un projet d’attentat et n’en informe pas les autorités encourt une peine de prison, même s’il n’a participé à rien. C’est l’une des obligations les plus méconnues du dispositif antiterroriste — avec des exceptions prévues notamment pour les proches parents.
  2. La bande organisée punit le projet, pas seulement l’acte : en droit marocain, la constitution d’une bande en vue de préparer des crimes est punissable en elle-même. Fabrication d’explosifs, vols de financement, repérages : chaque acte préparatoire peut constituer une infraction autonome, avant même toute tentative d’attentat.
  3. Complice, coauteur, simple connaissance : trois rôles, trois destins : dans les procès de réseau, tout l’enjeu est de distinguer celui qui a fabriqué la bombe, celui qui a hébergé ou financé, et celui qui « savait ». Les peines de 2008 — de deux à trente ans — reflètent cette gradation, que le juge doit motiver pour chaque accusé.
  4. L’acquittement fait partie du procès équitable : même dans le dossier le plus médiatisé, le tribunal a prononcé des relaxes. C’est le signe que la charge de la preuve pèse sur l’accusation et que le doute, lorsqu’il subsiste, doit bénéficier à l’accusé.
  5. Une juridiction spécialisée pour le terrorisme : les affaires de terrorisme relèvent de la chambre criminelle près la cour d’appel de Rabat, siégeant à Salé, quelle que soit la ville où les faits ont été commis. Cette centralisation vise à spécialiser les magistrats sur des dossiers techniquement complexes.

Et sur KAN3REF ?

Que faire si vous êtes témoin de faits graves, ou si un proche vous confie un jour un projet inquiétant ? Quelles sont vos obligations de signalement, vos délais pour agir, et vos droits si vous êtes entendu comme témoin ou convoqué par un juge d’instruction ? Nos fiches pratiques font le point, textes à l’appui, sur le signalement, la déposition, la protection des témoins et les situations particulières des membres de la famille dans la procédure marocaine.

Sources

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⚖️ Information générale, pas conseil juridique. Ce récit est rédigé à partir d'informations de presse et vise à expliquer le droit simplement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. KAN3REF — كنعرف est une marque indépendante, sans lien avec un service public.