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Aquarelle : plateau de centre d'appel désert au petit matin, rangées de bureaux abandonnés avec téléphones, lumière dorée à travers les stores
Travail

Paul & José : le matin où soixante-dix salariés ont trouvé des bureaux vides

Le 12 mai 2025, les salariés du centre d'appel Paul & José, à Casablanca, découvrent des locaux vidés pendant un pont. Fermeture éclair, plaintes : récit.

🗓️ Affaire du 11 mai 2025

C’est un scénario que redoutent tous les salariés des centres d’appel : partir en week-end prolongé et, au retour, trouver porte close. Le lundi 12 mai 2025, les employés de Paul & José, société de télévente installée boulevard d’Anfa à Casablanca, découvrent des bureaux entièrement vidés — mobilier évacué, effets personnels disparus. Selon les salariés et les syndicats, leur entreprise s’est volatilisée en quelques jours. L’affaire, toujours devant la justice, est devenue le symbole des fermetures « sauvages » dans l’outsourcing marocain.

L’histoire

Paul & José n’était pas une micro-structure : fondée en 2010 par un entrepreneur français, Stéphane Koubi, la société de télévente et de services délocalisés employait, selon la presse, plus de 150 personnes entre le Maroc et le Sénégal, au sein du groupe français Futur Digital, basé à Boulogne-Billancourt. Une antenne existait aussi à Dakar.

D’après l’enquête publiée par Maroc Diplomatique en juillet 2025, la direction aurait offert à ses équipes un long pont autour du 8 mai 2025. Au retour, le lundi 12 mai, les quelque soixante-dix salariés marocains trouvent des locaux vides. Une salariée employée depuis 2018 raconte que tout avait été emporté pendant leur absence, y compris des objets personnels. Pour beaucoup, cet emploi était l’unique source de revenu du foyer ; une salariée enceinte perd, du jour au lendemain, la perspective de son congé de maternité.

Toujours selon cette enquête et les syndicats, la fermeture aurait été préparée en amont : en mars 2025, quelques semaines avant la disparition des bureaux, les parts de l’entité marocaine auraient été cédées pour un montant d’environ 78 000 dirhams à un repreneur, Régis Etari, que personne n’aurait revu ni à Casablanca ni auprès des salariés. L’Union marocaine du travail (UMT) dénonce une « fraude sociale » et une cession-écran destinée, selon elle, à échapper au paiement des indemnités. Les chiffres avancés pour justifier la fermeture sont également contestés : là où la direction évoquerait un résultat net de seulement 35 000 dirhams en 2024, les syndicats rappellent que la société affichait, selon eux, un bénéfice net de près de 145 millions de dirhams en 2023.

Les anciens salariés ne sont pas restés inactifs : vingt-quatre d’entre eux ont porté plainte contre les dirigeants de la société, notamment pour escroquerie, licenciement abusif et entrave au droit du travail. Le conflit a aussi traversé la Méditerranée et l’Atlantique : le 21 mai 2025, un sit-in réunissait à Dakar les salariés de la filiale sénégalaise et d’anciens collègues marocains. Interpellé, le ministère de l’Emploi a, selon la presse, conseillé aux salariés de saisir la justice — sans accompagnement particulier. À ce stade, aucune décision de justice n’a tranché ces accusations : les dirigeants mis en cause bénéficient de la présomption d’innocence, et les faits décrits ci-dessus sont ceux allégués par les salariés, les syndicats et l’enquête de presse.

Plusieurs syndicats proposent, pour éviter qu’un tel scénario se répète, d’imposer aux sociétés étrangères du secteur une caution déposée auprès de Bank Al-Maghrib, destinée à garantir les indemnités des salariés en cas de défaillance. La proposition n’a, pour l’heure, pas été retenue.

Ce que ça enseigne sur le droit

  • Une fermeture qui licencie s’autorise : la fermeture totale ou partielle d’une entreprise entraînant le licenciement de dix salariés ou plus doit être autorisée par le gouverneur, après examen par une commission provinciale (articles 66 à 69 du Code du travail). Fermer du jour au lendemain, sans autorisation ni procédure, expose l’employeur à voir ces départs traités comme des licenciements abusifs.
  • Les indemnités de préavis et de licenciement sont dues dans tous les cas : que l’autorisation ait été obtenue ou non, les salariés licenciés pour motif économique ont droit aux indemnités de préavis (article 51) et de licenciement (articles 52 et 53). En cas de licenciement sans autorisation, des dommages-intérêts (article 41) peuvent s’ajouter, sur décision du tribunal, si le salarié n’est pas réintégré.
  • La relation de travail se prouve par tous les moyens : badge, courriels, bulletins de paie, attestations CNSS, témoignages — l’article 18 du Code du travail admet tous les modes de preuve. Même face à une société « disparue », le salarié n’est pas démuni pour établir son ancienneté et son salaire.
  • L’indemnité de perte d’emploi (IPE) peut prendre le relais : en cas de perte d’emploi pour raisons économiques, la CNSS peut verser une indemnité temporaire, sous conditions de jours déclarés. Encore faut-il avoir été déclaré régulièrement…
  • Gagner un jugement ne suffit pas, il faut pouvoir l’exécuter : contre une société vidée de ses actifs, même un jugement favorable peut rester lettre morte. C’est le talon d’Achille révélé par cette affaire, et la raison du débat sur une caution obligatoire dans le secteur.

Et sur KAN3REF ?

Licenciement collectif, fermeture d’entreprise, indemnité de perte d’emploi : les fiches Travail de KAN3REF détaillent les procédures, les délais et les pièces à conserver, dans nos fiches pratiques.

Sources

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⚖️ Information générale, pas conseil juridique. Ce récit est rédigé à partir d'informations de presse et vise à expliquer le droit simplement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. KAN3REF — كنعرف est une marque indépendante, sans lien avec un service public.