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Aquarelle d'un stade de football éclairé la nuit face à un palais de justice à colonnes, route désertique entre les deux, caisses en bois scellées au premier plan
Corruption & détournement

« Escobar du Sahara » : dix et douze ans de prison pour Saïd Naciri et Abdennabi Bioui

Dix et douze ans de prison pour Saïd Naciri et Abdennabi Bioui, au terme de deux ans de procès dans l'affaire dite « Escobar du Sahara ». Récit du verdict.

🗓️ Affaire du 24 juin 2026

C’est un verdict qui a fait trembler le Maroc politique et sportif. Le jeudi 25 juin 2026, après près de douze heures de délibérations, la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca a condamné Saïd Naciri, ancien président du Wydad de Casablanca, à dix ans de prison ferme, et Abdennabi Bioui, ancien président du conseil de la région de l’Oriental, à douze ans de prison ferme. Deux anciens parlementaires du Parti authenticité et modernité (PAM), en détention depuis fin 2023, jugés dans l’affaire de trafic international de drogue dite « Escobar du Sahara » — du nom du trafiquant dont les révélations ont tout déclenché.

L’histoire

Tout commence dans une cellule. Ahmed Ben Brahim, ressortissant malien surnommé « Escobar du Sahara », purge depuis 2019 une peine pour trafic international de stupéfiants. En 2023, ses déclarations aux enquêteurs mettent en cause un vaste réseau : il affirme avoir bénéficié de complicités au Maroc pour acheminer des cargaisons de cannabis vers plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Sahel, et il accuse notamment Saïd Naciri et Abdennabi Bioui d’avoir joué un rôle dans ses opérations, avec d’importantes transactions financières à la clé.

Le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) ouvre une vaste enquête. Près d’une trentaine de personnes comparaîtront finalement devant la chambre criminelle : responsables politiques, hommes d’affaires, agents de sécurité et intermédiaires présumés. Les poursuites visent la constitution d’une organisation criminelle, le trafic international de stupéfiants, la corruption, la falsification de documents officiels et son usage, le blanchiment de capitaux et l’abus d’influence.

Le procès dure plus de deux ans et demi et compte plus de quatre-vingts audiences. D’un côté, le parquet soutient que les écoutes téléphoniques, les investigations financières et les témoignages dessinent un réseau structuré. De l’autre, la défense conteste frontalement la crédibilité du témoin principal, relève des contradictions dans ses déclarations successives et plaide l’insuffisance de preuves matérielles. Les deux principaux prévenus ont constamment nié les faits.

Le verdict du 25 juin 2026 retient contre Abdennabi Bioui le trafic international de drogue, la falsification de documents officiels, la spoliation foncière et des infractions à la réglementation des changes : douze ans de prison ferme et 150 000 dirhams d’amende. Saïd Naciri écope de dix ans de prison ferme. Un ancien parlementaire, Belkacem Mir, est lui aussi condamné à dix ans. Les autres prévenus reçoivent des peines allant de deux à neuf ans, et l’un d’eux est acquitté de l’ensemble des charges. Au-delà des peines de prison, la cour ordonne la confiscation de plusieurs avoirs financiers, de lourdes pénalités douanières et des amendes liées aux infractions de change, ainsi que des dommages et intérêts pour une partie civile.

Ce jugement est rendu en première instance : il peut être frappé d’appel, et la procédure est donc susceptible de se poursuivre.

Ce que ça enseigne sur le droit

  1. Un procès peut naître des déclarations d’un condamné : les révélations d’une personne déjà incarcérée peuvent déclencher une enquête, mais elles ne suffisent jamais à elles seules : enquêteurs et magistrats doivent les recouper avec des écoutes, des documents et des investigations financières. La défense, elle, peut en contester la crédibilité — c’est le cœur du débat d’audience.
  2. La confiscation fait partie de la peine : dans les dossiers de trafic et de blanchiment, la justice ne se contente pas d’emprisonner. Elle confisque les avoirs liés aux infractions et prononce des pénalités douanières et des amendes de change qui peuvent dépasser, en valeur, bien des amendes pénales.
  3. Les infractions de change sont des délits autonomes : transférer ou détenir des devises en violation de la réglementation des changes expose à des sanctions propres, indépendantes du trafic lui-même. Elles apparaissent dans de nombreux grands dossiers financiers.
  4. On peut être condamné pour certains faits et acquitté pour d’autres : dans un même procès, le tribunal examine la situation de chaque prévenu séparément. Ici, l’un des accusés a été acquitté de tout, pendant que d’autres étaient condamnés — la culpabilité est toujours individuelle.
  5. Même un procès-fleuve se termine par une première instance : plus de quatre-vingts audiences et des années de procédure n’épuisent pas les recours. Le jugement peut être rejugé en appel, ce qui rappelle que la durée d’un procès ne dit rien de son stade d’avancement.

Et sur KAN3REF ?

Confiscation, blanchiment, droits de la défense, déroulement d’un procès criminel : nos fiches pratiques expliquent ces mécanismes en langage simple, et nos dossiers suivent les grandes affaires jusqu’à leur décision définitive — y compris l’éventuel appel de celle-ci.

Sources

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⚖️ Information générale, pas conseil juridique. Ce récit est rédigé à partir d'informations de presse et vise à expliquer le droit simplement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. KAN3REF — كنعرف est une marque indépendante, sans lien avec un service public.