Mohamed Moubdii condamné à treize ans de prison : la chute d'un baron communal devenu ministre
Treize ans de prison ferme et 30 millions de dirhams d'amende pour l'ancien ministre Mohamed Moubdii, président de Fkih Ben Salah pendant vingt-cinq ans.
🗓️ Affaire du 20 mai 2026
Treize ans de prison ferme, assortis d’une amende de 30 millions de dirhams. Le jeudi 21 mai 2026, la chambre criminelle chargée des crimes financiers près la cour d’appel de Casablanca a rendu l’un des verdicts les plus lourds jamais prononcés contre un ancien membre du gouvernement marocain. Mohamed Moubdii, 67 ans, ancien ministre délégué chargé de la Fonction publique, a écouté la sentence après avoir une dernière fois clamé son innocence et demandé son acquittement pour retrouver les siens.
L’histoire
Pendant plus d’un quart de siècle, Mohamed Moubdii a régné sans interruption sur la commune de Fkih Ben Salah, dans la région de Béni Mellal-Khénifra : il en présidait le conseil municipal depuis 1997, enchaînant six mandats consécutifs. Député du Mouvement populaire, il avait accédé au gouvernement comme ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration. Au printemps 2023, il venait même d’être élu à la tête de la commission de la justice et de la législation au Parlement — poste dont il a démissionné quelques jours plus tard, lorsque les poursuites se sont précisées.
Car le dossier se construisait depuis plusieurs années. Un rapport de la Cour des comptes avait relevé des irrégularités dans la gestion de la commune. Entendu dès février 2020 par la Brigade nationale de la police judiciaire, Mohamed Moubdii a finalement été arrêté en avril 2023, à la suite d’une plainte déposée par la section régionale de Casablanca-Settat de l’Association marocaine de protection des biens publics, une organisation citoyenne spécialisée dans la dénonciation des malversations locales.
Le procès, qui s’est tenu à Casablanca avec une douzaine de co-accusés — entrepreneurs, ingénieurs et fonctionnaires communaux, eux aussi condamnés à des peines variables —, portait sur la gestion des marchés publics de la commune : travaux facturés mais contestés, prix jugés gonflés par rapport aux références du marché, documents remis en cause. La chambre a retenu contre l’ancien ministre le détournement et la dilapidation de deniers publics, l’abus de pouvoir, la corruption ainsi que le faux et l’usage de faux dans des documents officiels, commerciaux et administratifs. Le ministère public avait également requis la confiscation des biens et sommes considérés comme issus des infractions.
La défense, elle, a contesté l’ensemble des charges : selon l’ancien ministre, tous les marchés avaient été passés dans le respect des procédures et sous le contrôle des services du ministère de l’Intérieur, et la qualité des infrastructures réalisées sous ses mandats parlait pour lui. Argument rejeté par la cour, qui a prononcé treize ans de réclusion et la lourde amende. Ce jugement étant rendu en première instance, il peut encore être frappé d’appel.
Ce que ça enseigne sur le droit
- Il existe des chambres spécialisées pour l’argent public : les crimes financiers — détournement, dilapidation, corruption — sont jugés par des chambres criminelles spécialisées près les cours d’appel, avec des magistrats et des enquêteurs rompus aux dossiers de gestion publique.
- Tout commence souvent par un rapport ou une plainte : les rapports de la Cour des comptes et les plaintes d’associations de protection des biens publics alimentent régulièrement les enquêtes de la police judiciaire. Un élu local n’est jamais « trop petit » ni « trop ancien » pour être contrôlé.
- L’ordonnateur répond de ses marchés : le président de commune qui engage les dépenses et signe les marchés publics répond personnellement de leur régularité. Déléguer à des services ou à un bureau d’études ne fait pas disparaître sa responsabilité pénale.
- La peine ne se limite pas à la prison : aux années d’emprisonnement s’ajoutent de très lourdes amendes et, lorsque le parquet le requiert, la confiscation des biens liés aux infractions. Le volet patrimonial fait partie intégrante de la sanction.
- Première instance n’est pas définitif : ce verdict peut être rejugé en appel, en fait et en droit. Tant que les voies de recours ne sont pas épuisées, la condamnation n’a pas autorité définitive — même lorsqu’elle est spectaculaire.
Et sur KAN3REF ?
Marchés publics, responsabilités des élus, droits de la défense : nos fiches pratiques décryptent le fonctionnement des juridictions financières et les étapes d’une procédure pénale, de l’enquête au jugement. Nous suivrons l’éventuel procès en appel de cette affaire.
Sources
- L’Œil du Sahara, « Maroc : l’ancien ministre Mohamed Moubdii condamné à 13 ans de prison pour détournement de fonds publics » (22/05/2026) — https://loeildusahara.com/maroc-lancien-ministre-mohamed-moubdii-condamne-a-13-ans-de-prison-pour-detournement-de-fonds-publics/
- Le360, « Affaire Mohamed Moubdiî : 13 ans de prison ferme pour l’ancien ministre et président de la commune de Fkih Ben Salah » (21/05/2026) — http://tradinewsmaroc.blogspot.com/2026/05/affaire-mohamed-moubdii-13-ans-de.html
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