16 755 demandes : le mariage des mineures recule, sans disparaître
Rapport 2024 du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire : 16 755 demandes d'autorisation de mariage de mineurs, en baisse de 17 %. Ce que dit l'article 20.
🗓️ Affaire du 9 novembre 2025
Les chiffres de cet article sont ceux du rapport annuel 2024 du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). La scène d’ouverture est une recomposition générique, sans aucun fait réel ni personne identifiable : sur ce sujet, aucun enfant n’est jamais nommé ni décrit dans nos pages.
Derrière chaque demande d’autorisation de mariage d’une mineure, il y a une salle d’audience, un juge de la famille, et une décision qui engage une vie entière. En novembre 2025, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire a publié les chiffres de l’année 2024. Ils racontent un recul net — 17 % de demandes en moins — mais aussi une réalité qui résiste : 16 755 dossiers, dont 98,5 % concernent des filles.
L’histoire
La règle est simple, et elle tient en un article : l’article 20 du Code de la famille fixe la capacité matrimoniale à 18 ans, pour la fille comme pour le garçon. Le mariage d’une personne mineure n’est donc pas un droit : c’est une exception, que seul le juge de la famille chargé du mariage peut autoriser, par une décision motivée, fondée sur un intérêt légitime et des circonstances justifiées (articles 20 et 21). Sans cette autorisation, aucun acte de mariage ne peut être dressé.
Combien de fois cette exception est-elle demandée ? Selon le rapport annuel du CSPJ au titre de l’année 2024, les tribunaux du Royaume ont traité 16 755 demandes d’autorisation de mariage de mineurs — un recul de 17,02 % par rapport à 2023. La quasi-totalité concerne des filles : 16 730 demandes, soit 98,50 % du total, contre 255 demandes pour des garçons. Et l’exception est loin d’être systématiquement refusée : 10 570 demandes concernant des filles ont été acceptées, soit 63,18 % des dossiers — près de deux mariages de mineures sur trois, une fois la demande déposée.
La géographie de ces demandes dessine une fracture nette. Le phénomène est d’abord rural : 13 091 demandes émanent du milieu rural (78,13 %), contre 3 664 du milieu urbain. Plus de la moitié des dossiers (55,6 %) se concentre dans cinq circonscriptions judiciaires : Marrakech, Fès, Kénitra, El Jadida et Beni Mellal. Surtout, les réponses des juges varient fortement d’un ressort à l’autre : la circonscription d’Errachidia a accepté 81 % des demandes, quand celle de Settat n’en a accepté que 20,1 %. Pour un même texte, des pratiques très différentes — le signe, relève le rapport, que la réponse ne peut pas être seulement juridique.
Le recul, lui, est réel sur la durée : le ministre de la Justice rappelait devant le Parlement qu’en 2017, le Royaume enregistrait encore 26 298 demandes d’autorisation. De 26 298 à 16 755 en sept ans, la baisse est sensible — campagnes de sensibilisation, travail des associations, vigilance accrue des parquets et des juges. Mais le CSPJ lui-même tempère : derrière les demandes qui subsistent, on trouve presque toujours les mêmes causes profondes — la pauvreté des familles, le décrochage scolaire des filles en milieu rural, le poids des usages. Son rapport le dit sans détour : les solutions juridiques resteront insuffisantes si elles ne sont pas intégrées dans des politiques publiques convergentes — généraliser la scolarisation obligatoire des filles, lutter contre l’abandon scolaire et contre la précarité.
C’est aussi pour cela que le sujet a traversé le chantier de révision du Code de la famille : les propositions présentées en décembre 2024 confirment l’âge légal de 18 ans et ramènent la dérogation à un plancher de 17 ans, dans des conditions strictement encadrées. Le débat reste ouvert : faut-il une exception très étroite, ou l’interdiction totale que réclament nombre d’associations ? En attendant l’issue du processus législatif, ce sont les articles 20 et 21 de 2004 qui gouvernent chaque audience — et chaque décision engage une enfance.
Ce que ça enseigne sur le droit
- 18 ans est la règle, le reste est une exception judiciaire : l’article 20 du Code de la famille fixe la capacité matrimoniale à 18 ans révolus ; le mariage d’un mineur exige l’autorisation préalable du juge de la famille chargé du mariage, rendue par décision motivée au vu d’un intérêt légitime et de circonstances justifiées (article 21). Ni les parents ni les adouls ne peuvent s’en passer.
- Les chiffres mesurent la persistance, pas seulement la baisse : 16 755 demandes en 2024, en recul de 17,02 % sur un an et d’environ un tiers depuis 2017 — mais 63 % des demandes concernant des filles ont été acceptées, et 78 % des dossiers viennent du milieu rural.
- Le même droit, des pratiques différentes : de 81 % d’acceptation à Errachidia à 20,1 % à Settat, les taux varient fortement selon les juridictions — l’appréciation du juge, dossier par dossier, est au cœur du dispositif d’exception.
- La scolarité est l’autre nom de la protection : le CSPJ lui-même lie la persistance du phénomène au décrochage scolaire et à la pauvreté, et préconise des politiques publiques convergentes plutôt qu’une réponse uniquement judiciaire.
- La réforme en cours resserrerait la dérogation : les propositions de révision du Code de la famille portent le plancher de l’exception à 17 ans, avec des conditions renforcées — mais tant que le nouveau texte n’est pas adopté et publié, les articles 20 et 21 actuels restent seuls applicables.
Et sur KAN3REF ?
Âge du mariage, autorisation du juge, droits de l’épouse mineure, divorce et garde après un mariage précoce : nos fiches du domaine Famille & héritage expliquent les règles en vigueur et les recours possibles : parcourir nos fiches pratiques pour savoir exactement ce que la loi permet — et ce qu’elle interdit.
Sources : Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, rapport annuel 2024, relayé par Hespress (10 novembre 2025) et par L’Opinion/MAP (10 novembre 2025) : 16 755 demandes, −17,02 %, répartition rural/urbain, taux d’acceptation par circonscription, articles 20 et 21 du Code de la famille.
Rédigé par l’équipe KAN3REF — « Tes droits, expliqués simplement. »
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