Bouznika : sept ans de prison pour l'ex-maire Karimine dans l'affaire des marchés de la propreté
Sept ans de prison pour l'ex-maire de Bouznika et six ans pour le patron d'Ozone, condamnés pour la gestion déléguée de la propreté de la commune.
🗓️ Affaire du 29 juillet 2025
À Bouznika, station balnéaire prisée entre Rabat et Casablanca, ce ne sont ni les plages ni l’immobilier qui ont fait la une, mais les camions-poubelles. Fin juillet 2025, la chambre criminelle de première instance chargée des crimes financiers, près la cour d’appel de Casablanca, a condamné l’ancien président de la commune, Mohamed Karimine, à sept ans de prison ferme, et Aziz El Badraoui, patron de la société de propreté Ozone et ancien président du Raja de Casablanca, à six ans de prison ferme. Un dossier qui raconte comment un service public aussi banal que la collecte des déchets peut devenir le cœur d’une affaire de détournement.
L’histoire
Mohamed Karimine, ancien député du parti de l’Istiqlal, a dirigé la commune de Bouznika pendant de longues années. La collecte des ordures y était confiée, par un contrat de gestion déléguée, à la société Ozone d’Aziz El Badraoui — un homme d’affaires connu du grand public pour avoir présidé le Raja, l’un des deux grands clubs de football de Casablanca.
L’affaire démarre en novembre 2022, lorsque deux élus communaux déposent plainte auprès du parquet. Ils dénoncent des irrégularités dans la gestion du secteur de la propreté et dans l’exécution du contrat d’Ozone. L’enquête s’intéresse à deux périodes, avant et après 2017, et à l’évolution des budgets : initialement ramené de 14 à 8 millions de dirhams, le budget de la propreté aurait ensuite dépassé 15 millions de dirhams en 2015, puis atteint 20 millions en 2016 — des hausses que les plaignants jugeaient inexpliquées, quand la défense les attribuait à des décisions préfectorales et à des arriérés dus à l’entreprise.
Après une instruction de plusieurs mois, le procès s’ouvre devant la chambre des crimes financiers. Mohamed Karimine était poursuivi pour détournement de fonds publics et falsification de documents ; Aziz El Badraoui pour complicité de détournement et faux. Au terme des débats, la chambre a tranché — et trié : elle a retenu contre l’ancien maire la dilapidation de deniers publics et l’abus de pouvoir, mais abandonné la charge de falsification de documents officiels. Même tri pour l’homme d’affaires, condamné pour des manipulations dans la gestion des marchés publics et des violations des lois organiques régissant les collectivités territoriales, la charge de faux étant également abandonnée. Un troisième prévenu, ancien ingénieur de la commune, a écopé de quatre ans de prison ferme.
Ce verdict de première instance peut encore être frappé d’appel : l’affaire de la propreté de Bouznika n’a donc pas dit son dernier mot.
Ce que ça enseigne sur le droit
- La gestion déléguée ne privatise pas l’argent : quand une commune confie un service public (eau, propreté, transport) à une entreprise privée, les sommes versées restent des deniers publics. Leur détournement expose l’élu qui les engage comme l’entreprise qui les reçoit.
- Le juge trie les accusations une par une : être poursuivi pour détournement, faux et abus de pouvoir ne signifie pas être condamné pour tout. Dans ce dossier, les charges de falsification ont été abandonnées pour les deux principaux prévenus, tandis que la dilapidation et l’abus de pouvoir ont été retenus.
- L’élu et le prestataire peuvent être condamnés ensemble : le président de commune répond des ajustements financiers qu’il signe ; le dirigeant de la société délégataire répond, lui, de l’usage des fonds et du respect des règles de la commande publique. Les deux bouts de la chaîne sont pénalement responsables.
- Le point de départ est souvent local : ce sont deux conseillers communaux qui ont saisi le parquet. Opposition municipale, associations ou simples citoyens : la dénonciation documentée d’irrégularités est un déclencheur classique des enquêtes financières.
- Les budgets racontent une histoire : quand les dépenses d’un service doublent sans explication claire, les enquêteurs et les juges comparent budgets votés, montants réellement payés et prestations effectivement réalisées. C’est cette comptabilité qui fait — ou défait — la défense.
Et sur KAN3REF ?
Qu’est-ce qu’un marché public, et qui contrôle les dépenses d’une commune ? Nos fiches pratiques expliquent le rôle de la Cour des comptes, des chambres des crimes financiers et les recours ouverts après un jugement de première instance.
Sources
- Perspectives Méditerranée, « Détournements à Bouznika : la cour d’appel de Casablanca tranche dans l’affaire Badraoui-Karimine » (30/07/2025) — https://perspectivesmed.com/detournements-a-bouznika-la-cour-dappel-de-casablanca-tranche-dans-laffaire-badraoui-karimine-prison-ferme-pour-les-coaccuses/
- Hespress, « Le procès d’El Badraoui et Karimine reporté à fin février » (13/02/2025) — https://www.maghress.com/fr/hespressfr/410888
À la une aussi
Justice du quotidien Élections des barreaux : les anciens bâtonniers ne pourront pas se représenter, le tribunal de Casablanca a tranché 🗓️ 16 octobre 2026
Famille & héritage Veuve à 52 ans, un dossier à construire : les premières démarches d'une succession chez les adoul 🗓️ 14 octobre 2026
Justice du quotidien Pas d'argent pour un avocat ? L'aide judiciaire, la porte que beaucoup de justiciables ignorent 🗓️ 14 octobre 2026 Guide gratuit
10 droits que tout Marocain ignore
Achat en ligne, licenciement par WhatsApp, CNSS, garde à vue… Recevez le guide complet par email, et nos nouvelles fiches chaque semaine.