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Aquarelle marine et or : un palais marocain ancien au crépuscule, des piles de dossiers judiciaires ficelés et une balance de justice au premier plan.
Famille & héritage

L'héritage Glaoui : plus d'un demi-siècle de procédures pour une immense fortune

Testament, liquidateur judiciaire, biens expropriés : depuis les années 1950, les héritiers de Thami El Glaoui réclament un partage qui n'aboutit toujours pas.

🗓️ Affaire du 21 février 2001

Quand on parle d’héritage bloqué au Maroc, un nom revient comme un symbole : Glaoui. La succession de Hadj Thami El Glaoui, le puissant pacha de Marrakech mort en 1956, est devenue le cas d’école — extrême, presque caricatural — de ce qui arrive quand un partage ne se fait jamais : une fortune considérable, un testament, un liquidateur judiciaire… et des héritiers qui attendent depuis plus d’un demi-siècle. Le dossier, présenté à la presse en 2009 par l’avocat de la famille, Me Soulimane Thaili, du barreau de Casablanca, montre comment une succession peut se transformer en labyrinthe dont presque personne ne ressort.

L’histoire

À sa mort, Thami El Glaoui laisse derrière lui un patrimoine immense : de vastes biens immobiliers, des terres, et des actions dans une société minière. Il laisse aussi un testament, qui attribue le tiers de ses biens selon ses dernières volontés. Sur le papier, tout semble donc organisé. Dans les faits, rien — ou presque — ne sera jamais distribué normalement.

Une partie des biens fonciers est expropriée par les Domaines, l’administration des biens de l’État. Pour le reste, un liquidateur judiciaire est chargé de la succession. Les héritiers le sollicitent à de multiples reprises pour obtenir la restitution de leurs biens ; selon le dossier de leur avocat, le liquidateur répond qu’il n’a pas autorité sur les instances concernées. Les héritiers se tournent alors vers les tribunaux. Commence une bataille de procédures devant, littéralement, toutes les juridictions du Royaume : actions en restitution, contestations sur les biens expropriés, demandes d’exécution du partage. Le dossier gonfle : des centaines de procédures et des milliers d’audiences pour une seule succession.

En 1993, les héritiers adressent une correspondance au liquidateur judiciaire, au niveau de la Cour suprême, pour réclamer l’exécution du partage et la restitution du tiers de l’héritage. La même année, le drame devient humain : l’une des filles du pacha, Khaddouj, tombe gravement malade. Son médecin estime qu’elle a besoin d’une intervention cardiaque lourde, à pratiquer à l’étranger, pour un coût alors évalué à 200 000 francs français. L’héritière ne parvient pas à débloquer cette somme — précisément parce que les dispositions du testament n’ont jamais été exécutées. L’argent existe, quelque part, dans la succession de son père. Il est simplement inaccessible.

Le 22 février 2001, un jugement relève qu’à l’audience du 11 mars 1996, la défense des héritiers avait déjà soutenu que la réponse du liquidateur « n’était pas convaincante » et qu’il cherchait à retarder la procédure. Les avocats avaient même versé au dossier une copie d’une correspondance du Cabinet royal ordonnant l’exécution du testament conformément aux textes de loi. Malgré cela, en juillet 2009, lorsque La Gazette du Maroc publie le dossier sous le titre « L’hémorragie inguérissable », l’affaire traîne toujours. L’héritage, censé protéger les descendants, est devenu pour eux une source de procédures sans fin — et, comme le résume le journal, il arrive que des héritiers tombent malades à force de courir après un mirage.

Cette saga, toujours citée par les praticiens du droit des successions, dit quelque chose d’essentiel : ce n’est pas la taille de la fortune qui fait la difficulté, mais l’absence de liquidation effective. Un palais ou une petite maison de famille obéissent aux mêmes mécanismes — et peuvent connaître, à leur échelle, le même enlisement.

Ce que ça enseigne sur le droit

  • Un testament ne vaut que s’il est exécuté : les dernières volontés du défunt ne produisent d’effets que lorsque la succession est effectivement liquidée — inventaire, règlement des dettes et des charges, puis partage. Tant que ces étapes ne sont pas franchies, les héritiers détiennent des droits… mais pas encore leurs biens.
  • Le liquidateur judiciaire a des comptes à rendre : désigné pour administrer et liquider une succession complexe ou litigieuse, il ne peut pas se contenter d’attendre. Les héritiers peuvent le relancer formellement et, en cas d’inertie, saisir le juge pour faire avancer — voire débloquer — la liquidation.
  • Les biens expropriés relèvent d’un contentieux distinct : lorsqu’une partie du patrimoine a été absorbée par les Domaines ou expropriée, sa restitution ou son indemnisation suit des procédures spécifiques, parallèles au partage entre héritiers. C’est l’une des causes classiques d’allongement extrême des successions anciennes.
  • Le temps érode les successions : chaque génération qui passe multiplie le nombre d’héritiers — les enfants du pacha ont à leur tour des descendants — et donc la complexité du partage. Une succession non réglée en dix ans devient mécaniquement plus difficile à régler en cinquante.

Et sur KAN3REF ?

Vous êtes héritier d’une succession qui s’éternise ? Avant tout, faites établir l’acte d’hérédité et l’inventaire des biens : ce sont les deux documents qui transforment une attente floue en droits précis. L’acte d’hérédité est dressé par les adoul — notre fiche sur le contrat de mariage et l’acte des adouls explique le rôle de ces officiers et la force de leurs actes. Pour les biens immobiliers de la succession, Acheter un appartement : les étapes sans piège détaille le titre foncier, la conservation foncière et le passage chez le notaire ; et les termes du dossier — notaire, titre foncier, huissier de justice — sont définis dans notre glossaire juridique.

Sources

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⚖️ Information générale, pas conseil juridique. Ce récit est rédigé à partir d'informations de presse et vise à expliquer le droit simplement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. KAN3REF — كنعرف est une marque indépendante, sans lien avec un service public.