Affaire Aït El Jid : à Fès, le procès en appel de Hami Eddine avance sans son témoin clé
Trente-trois ans après la mort de l'étudiant Mohamed Benaïssa Aït El Jid, la cour d'appel de Fès a refusé un nouveau report et déclaré le dossier prêt pour discussion, sans l'audition du témoin à charge. Récit et explications.
🗓️ Affaire du 14 octobre 2026
L’histoire
Le 25 février 1993, aux abords du campus universitaire Dhar El Mehraz, à Fès, l’étudiant Mohamed Benaïssa Aït El Jid est violemment agressé en pleine période d’affrontements entre étudiants islamistes et étudiants de gauche. Grièvement atteint à la tête, il succombe à ses blessures quelques jours plus tard. Son compagnon, El Khammar El Hadioui, survit — il deviendra le témoin central de l’accusation.
Parmi les personnes poursuivies dans ce dossier figure Abdelali Hami Eddine, devenu depuis une figure du Parti de la justice et du développement (PJD). Le 11 juillet 2023, la chambre criminelle de première instance de la cour d’appel de Fès le condamne à trois ans de prison ferme, après avoir requalifié les faits en participation à des coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. La cour alloue également 20 000 dirhams de dommages à la famille de la victime et un dirham symbolique à l’Association marocaine des droits humains (AMDH), constituée partie civile.
Ce jeudi 15 octobre 2026, le procès en appel a franchi une étape importante. La partie civile demandait un nouveau report : le témoin El Hadioui était absent et avait produit un certificat médical. Après un débat entre la défense de l’accusé et celle de la famille Aït El Jid sur la valeur de ce certificat, la cour a refusé le report, estimé le dossier prêt pour discussion et décidé de se passer de l’audition du témoin. Les plaidoiries peuvent donc s’ouvrir sans ce témoignage.
À ce stade, aucun verdict d’appel n’a été rendu. La condamnation de première instance n’est pas définitive, et l’accusé continue de bénéficier des garanties attachées à un procès en cours.

Ce que ça enseigne sur le droit
Cette audience illustre plusieurs mécanismes que tout justiciable peut rencontrer :
- L’appel en matière criminelle : il ne s’agit pas d’une simple relecture du dossier. La cour d’appel rejuge l’affaire en fait et en droit — elle peut confirmer, aggraver, alléger ou infirmer la décision de première instance.
- Le dossier « prêt pour discussion » : lorsque la juridiction estime que l’instruction à l’audience est suffisante, elle peut clore les débats préliminaires et passer aux plaidoiries. Un témoin absent ne bloque donc pas automatiquement un procès, même un témoin important.
- La requalification des faits : le juge n’est pas lié par l’étiquette juridique choisie au départ des poursuites. En 2023, c’est cette requalification — des faits requalifiés en coups et blessures mortels sans intention de tuer — qui a déterminé la peine prononcée.
- La partie civile et le dirham symbolique : les victimes ou leurs ayants droit peuvent demander réparation devant la juridiction pénale. Le dirham symbolique, accordé ici à une association, ne vaut pas pour son montant : il marque la reconnaissance d’un préjudice moral.
- La longueur du temps judiciaire : entre les faits (1993) et l’appel (2026), plus de trois décennies se sont écoulées. Les délais raisonnables du procès font partie des garanties du procès équitable, pour l’accusé comme pour la famille de la victime.
Et sur KAN3REF ?
Comment se déroule concrètement un procès pénal, de la garde à vue au jugement ? Notre fiche sur le nouveau Code de procédure pénale (loi 03.23) explique chaque étape et les droits des personnes poursuivies — garde à vue, droits de la défense, et les recours qui restent possibles après un verdict, appel puis pourvoi en cassation. Côté victimes, nos guides procéduraux détaillent la marche à suivre pour déposer plainte auprès du Procureur du Roi et se constituer partie civile. La suite de cette affaire, quand le verdict d’appel tombera, sera racontée ici même.
Sources
- Nichane Alane, « Poursuite du procès de Hami Eddine dans l’affaire de l’assassinat d’Aït El Jid et refus de la demande de report » (15/10/2026) — https://www.nichanealane.ma/145444/
- Nichan, compte rendu de l’audience d’appel du 15/10/2026 à Fès — https://nichan.ma/371196/
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