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Aquarelle marine et or : une haute pyramide de billets et de pièces d'or dressée sur le sable, dont la base s'effrite et se disperse au vent sous un ciel tourmenté
Consommation & arnaques

Groupe Al Khair : la pyramide de Tanger s'effondre sous plus de 70 ans de prison

Parti d'une tontine entre voisines, le « Groupe Al Khair » a aspiré l'épargne d'un millier de victimes. À Tanger, les peines cumulées dépassent 70 ans.

🗓️ Affaire du 24 décembre 2024

1 800 dirhams versés aujourd’hui, 10 000 dirhams promis dans dix mois. Il suffisait, en plus, de convaincre deux proches de rejoindre le groupe. Des milliers de Marocains ont cru à cette arithmétique miraculeuse du « Groupe Al Khair », né à Tanger. Le 25 décembre 2024, après une quarantaine d’heures d’audience et de délibération, la justice a rendu son verdict : plus de 70 ans de prison cumulés pour les vingt-cinq condamnés. Retour sur ce que la presse présente comme la plus grosse fraude pyramidale de l’histoire du Maroc.

L’histoire

Aux origines, vers 2021, il y a une pratique familière et a priori innocente : la tontine rotative, le « dart », entre une poignée de femmes de Tanger. Le cercle s’élargit, migre sur un groupe WhatsApp, puis sur Instagram. Chaque nouvelle participante doit inviter d’autres membres — et le mécanisme change de nature. Le « Groupe Al Khair » — littéralement « le groupe du bien » — promet désormais à chaque adhérent un gain de 10 000 dirhams au bout de dix mois pour un apport de 1 800 dirhams, à condition de recruter deux personnes supplémentaires.

Le système est celui d’une pyramide de Ponzi classique : il n’y a ni produit, ni investissement réel. Les gains des premiers inscrits sont payés avec l’argent des nouveaux entrants. Pour entretenir la confiance, le groupe soigne son image : propagande intense sur les réseaux sociaux, promesses de bénéfices substantiels et actions de bienfaisance mises en avant, notamment après le séisme d’Al Haouz. Le réseau se dote même de structures dirigeantes, comme une véritable organisation — alors qu’il opère dans l’illégalité la plus totale.

Le château de cartes tient tant que les recrues affluent. Certains participants versent bien davantage que la mise de départ : des centaines de milliers de dirhams pour quelques-uns, parfois les économies de toute une vie. Des familles entières se laissent convaincre, des proches recrutent leurs proches — c’est la mécanique même de la pyramide.

En juillet 2024, la présidente du groupe cesse de répondre au téléphone. Sa disparition déclenche la panique, puis les plaintes affluent. Le parquet de Tanger ordonne de vastes investigations. Près d’une vingtaine de personnes, majoritairement des femmes, sont arrêtées : la directrice du groupe, des administrateurs des réseaux sociaux chargés de la propagande et de la collecte des fonds, et d’autres membres. La présidente, considérée comme le cerveau de l’opération, est interpellée le 22 septembre 2024 à la gare de Tanger, alors qu’elle s’apprête à monter dans un train Al Boraq. Devant le juge d’instruction, les versions s’opposent : la directrice accuse la présidente d’avoir détourné 20 millions de dirhams.

Sur l’ampleur du préjudice, la prudence reste de mise : des médias locaux avancent un montant avoisinant 720 millions de dirhams, sans qu’une estimation officielle ait été communiquée par le ministère public. Ce qui est établi, c’est le nombre de victimes : plus d’un millier de personnes, issues de nombreuses villes du Maroc et même de la diaspora.

Le jugement de première instance, rendu par la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tanger aux premières heures du mercredi 25 décembre 2024, condamne vingt-cinq personnes à des peines allant de trois mois de prison — dont du sursis pour deux accusés — à cinq ans de prison ferme pour les principaux mis en cause, assorties pour la plupart d’une amende de 5 000 dirhams. Les peines de prison ferme cumulées dépassent 70 ans — 71 ans selon le décompte de la presse. En revanche, la cour n’a pas encore statué sur les demandes de réparation des victimes : avec un nombre de parties civiles estimé entre 1 100 et 1 200 personnes, ce volet du dossier reste ouvert. Jugement de première instance, la décision est susceptible d’appel.

L’affaire Al Khair n’est pas un cas isolé. Répondant à une question parlementaire écrite, le ministre de l’Intérieur a indiqué qu’entre le 1er janvier 2024 et le 15 février 2026, les autorités ont traité 135 affaires d’escroquerie liées au marketing pyramidal, arrêté 137 suspects et recensé près de 1 887 victimes. Le phénomène est structurel — et sa cible est toujours la même : l’épargne des ménages.

Ce que ça enseigne sur le droit

  • La vente pyramidale est interdite au Maroc : l’article 53 de la loi n° 31-08 sur la protection du consommateur prohibe les systèmes de vente hiérarchique où le gain dépend du recrutement de nouveaux membres. Les contrevenants risquent de un mois à un an de prison et une amende de 20 000 à 40 000 dirhams, en plus des poursuites pour escroquerie.
  • Un rendement garanti et élevé est le premier signal d’alarme : aucun placement légal ne peut promettre de multiplier une mise par cinq en dix mois. En finance comme ailleurs, quand le gain dépend des recrues et non d’une activité réelle, c’est une pyramide — elle s’effondre toujours, et ce sont les derniers entrés qui paient.
  • Recruter ses proches engage aussi sa responsabilité : dans une pyramide, les participants qui collectent des fonds et enrôlent de nouvelles victimes peuvent être poursuivis, y compris lorsqu’ils ont eux-mêmes perdu de l’argent au départ.
  • La condamnation pénale ne rend pas l’argent : pour espérer récupérer leurs fonds, les victimes doivent se constituer partie civile et suivre le volet civil du procès — dans l’affaire Al Khair, ce volet est encore pendant, ce qui illustre la longueur du chemin de la réparation.
  • Conserver toutes les preuves : reçus, captures des groupes WhatsApp ou Instagram, noms des recruteurs… Ces éléments sont décisifs pour la plainte et pour établir le préjudice de chaque victime.

Et sur KAN3REF ?

Vous avez été approché par un « investissement » qui recrute sur WhatsApp ou Instagram ? Nos fiches pratiques détaillent les droits du consommateur, les recours contre les pratiques commerciales trompeuses et la marche à suivre pour porter plainte. Le premier réflexe reste le plus simple : ne jamais verser d’argent à un système qui vous demande de recruter pour être payé.

Sources

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⚖️ Information générale, pas conseil juridique. Ce récit est rédigé à partir d'informations de presse et vise à expliquer le droit simplement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. KAN3REF — كنعرف est une marque indépendante, sans lien avec un service public.