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Illustration aquarelle marine et or d'un oued asséché au crépuscule devant les remparts ocre de Taroudant, avec un arganier solitaire au premier plan et les montagnes sombres en arrière-plan, ambiance sobre et recueillie
Grandes affaires criminelles

Taroudant, 2004 : les enfants que personne ne cherchait

En août 2004, des restes d'enfants sont découverts près d'un oued à Taroudant. L'enquête révèle un drame et les angles morts de la protection de l'enfance.

🗓️ Affaire du 6 septembre 2004

Ce récit est le plus douloureux de cette série, et il sera raconté sans aucun détail inutile. À Taroudant, en 2004, la découverte de restes humains près d’un oued a révélé que des enfants des rues disparaissaient sans que personne — ou presque — ne les cherche. L’enquête, exemplaire de rapidité une fois l’alerte donnée, a conduit à l’arrestation d’un homme et à une condamnation à mort. Mais la vraie question que cette affaire pose au droit est ailleurs : comment des enfants peuvent-ils s’évanouir, un à un, dans une petite ville où tout le monde se connaît ?

L’histoire

Taroudant, dans la plaine du Souss, est une ville de remparts ocre, réputée tranquille. Le 20 août 2004, jour de fête nationale, des habitants découvrent des ossements humains abandonnés près de l’oued El Waâr et alertent la police. Les restes sont transférés pour expertise : les médecins légistes et le laboratoire de la police scientifique établissent qu’il s’agit d’enfants, morts plusieurs années auparavant pour certains.

Une cellule d’enquête associant police et gendarmerie est constituée. En dix-neuf jours, les investigations convergent vers un homme de quarante-deux ans, Abdelaâli Hadi, aide dans une petite gargote de la gare routière — un lieu de passage où gravitent de nombreux enfants en situation de rue, petits porteurs, cireurs ou mendiants. Interpellé début septembre 2004, il passe aux aveux. Au total, neuf meurtres d’enfants lui seront imputés. Conformément à la charte de ce blog, aucun nom de victime ne sera cité ici : ces enfants ont droit, dans la mort, à la dignité que leur vie ne leur a pas toujours offerte.

En 2005, Abdelaâli Hadi est condamné à la peine de mort. Comme tous les condamnés à mort du Maroc depuis 1993, il ne sera jamais exécuté. Le 6 mai 2022, il meurt de maladie dans sa cellule de la prison de Safi, dix-sept ans après sa condamnation, sans que son sort ait jamais été tranché autrement que par le temps.

L’affaire a durablement marqué le pays. Elle a mis en lumière la vulnérabilité extrême des enfants en situation de rue — invisibles administrativement, sans famille présente pour signaler leur absence — et la nécessité de mécanismes d’alerte qui ne dépendent pas uniquement des proches.

Ce que ça enseigne sur le droit

  1. Il n’existe pas de délai d’attente pour signaler une disparition : contrairement à une idée reçue tenace, aucun texte n’impose d’attendre vingt-quatre heures. La disparition d’un mineur peut — et doit — être signalée immédiatement à la police ou à la gendarmerie, qui ont l’obligation d’enregistrer la déclaration et de lancer les recherches.
  2. Tout le monde peut donner l’alerte : le signalement n’est pas réservé aux parents. Un enseignant, un voisin, un commerçant qui constate l’absence inhabituelle d’un enfant peut saisir les services de sécurité ou le procureur du Roi. Dans l’affaire de Taroudant, c’est précisément l’absence de ces alertes, enfant après enfant, qui a permis au drame de durer.
  3. L’identification des victimes inconnues est un travail de science : médecine légale, anthropologie et analyses de laboratoire permettent de déterminer l’âge, le sexe et parfois l’identité de restes humains. Cette police scientifique est devenue un pilier des grandes enquêtes criminelles marocaines.
  4. L’aveu ne suffit plus : longtemps surnommé « la reine des preuves », l’aveu est aujourd’hui apprécié avec prudence par les juges, qui exigent des corroborations matérielles. À Taroudant, ce sont les expertises et le travail d’identification qui ont donné son assise au dossier, au-delà des déclarations du mis en cause.
  5. Le condamné à mort dans un pays en moratoire : entre la sentence (2005) et le décès en détention (2022), dix-sept années se sont écoulées sans exécution ni commutation formelle. Cette situation — ni exécution, ni peine de substitution claire — est au centre du débat marocain sur l’abolition, entre partisans d’une abolition complète et défenseurs du maintien du texte.

Et sur KAN3REF ?

Disparition d’un proche, signalement, droits des mineurs : nos fiches pratiques expliquent les démarches à accomplir sans attendre, les autorités à saisir et les associations qui accompagnent les familles et les enfants en difficulté.

Sources

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⚖️ Information générale, pas conseil juridique. Ce récit est rédigé à partir d'informations de presse et vise à expliquer le droit simplement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. KAN3REF — كنعرف est une marque indépendante, sans lien avec un service public.