« Hamza mon bb » : le compte qui faisait chanter les célébrités, et la chute des sœurs Batma
Un compte anonyme, des célébrités piégées, un réseau de chantage : l'affaire « Hamza mon bb » a conduit les sœurs Batma devant la justice. Récit du procès.
🗓️ Affaire du 26 janvier 2021
Pendant trois ans, un compte anonyme a tenu le show-business marocain en haleine — et certaines de ses vedettes au bord du gouffre. Photos intimes, vidéos compromettantes, rumeurs dévastatrices : « Hamza mon bb », présent sur Instagram et Snapchat, publiait ce que ses administrateurs prétendaient savoir des célébrités, et monnayait parfois son silence. Quand la machine judiciaire s’est mise en marche, elle a remonté jusqu’à l’une des chanteuses les plus célèbres du pays, Dounia Batma, et sa sœur Ibtissam. Récit d’un scandale né sur les réseaux sociaux et terminé devant la cour d’appel de Marrakech.
L’histoire
Les comptes « Hamza mon bb » apparaissent en 2016 et rassemblent des millions d’abonnés. Leur spécialité : les règlements de comptes contre des artistes, chanteuses et influenceuses, à coups de révélations sur leur vie privée, parfois à caractère sexuel. Les victimes raconteront des carrières brisées, des mariages annulés, des vies détruites.
En août 2019, la chanteuse Saïda Charaf, l’une des principales cibles du compte, porte plainte. D’autres célébrités suivent : au total, plus de soixante-dix plaintes seront déposées. En septembre 2019, le principal administrateur des comptes est interpellé et placé en détention à Marrakech. Dounia Batma et sa sœur Ibtissam sont entendues pour la première fois.
Les condamnations tombent par vagues. En février 2020, la blogueuse Soukaïna Jannah, dite « Glamour », le journaliste Simo Daher et le propriétaire d’une agence de location de voitures sont condamnés à deux ans de prison ferme chacun ; le hacker qui piratait les comptes des victimes écope également de deux ans. La styliste Aïcha Ayach, réfugiée aux Émirats arabes unis, est extradée vers le Maroc en vertu d’un mandat d’arrêt international : condamnée à dix-huit mois en première instance, elle verra sa peine réduite à douze mois en appel. Ibtissam Batma est condamnée à un an de prison ferme, qu’elle purge à la prison de l’Oudaya, à Marrakech. Une quatrième accusée, Sophia Chakiri, écope de dix mois.
Reste le cas de la star. Le 30 juillet 2020, le tribunal de première instance de Marrakech condamne Dounia Batma — qui comparaissait libre — à huit mois de prison ferme. Le 27 janvier 2021, la cour d’appel de Marrakech alourdit la peine : un an de prison ferme et 10 000 dirhams d’amende, pour participation à l’accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données et diffusion de faits mensongers portant atteinte à la vie privée d’autrui.
La chanteuse conteste et se pourvoit en cassation. Fin décembre 2023, la Cour de cassation rejette son recours : la condamnation devient définitive. Elle est alors arrêtée pour purger sa peine à la prison de l’Oudaya, dont elle sort fin janvier 2025, après un an de détention. Une affaire commencée par une plainte pour chantage s’achève ainsi, près de neuf ans après la création du compte, par la case prison pour presque tous ses protagonistes.
Ce que ça enseigne sur le droit
- L’anonymat en ligne n’existe pas face à une enquête : adresse IP, métadonnées, complicités humaines, flux financiers — l’enquête numérique remonte des comptes « anonymes » vers des personnes identifiées. Le principal administrateur a été arrêté, puis chaque maillon du réseau a été identifié à son tour.
- Le piratage de compte est un crime autonome : l’accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données est puni par le Code pénal marocain (articles 607-3 et suivants), indépendamment de l’usage fait des données volées. Le hacker de l’affaire a été condamné à deux ans ferme.
- Diffamer et divulguer la vie privée coûtent cher : publier des images ou des propos d’une personne sans son consentement, ou diffuser des faits mensongers pour nuire à sa réputation, expose à des peines de prison et à des indemnités — même quand on n’est que « participant » à la diffusion, comme l’a retenu la cour pour Dounia Batma.
- L’extradition rattrape au-delà des frontières : la fuite à l’étranger n’a pas protégé la styliste Aïcha Ayach, extradée des Émirats arabes unis sur mandat d’arrêt international. Les conventions d’entraide judiciaire permettent ce type de remise entre États.
- Une condamnation définitive s’exécute, tôt ou tard : entre le verdict d’appel (2021) et l’incarcération (2024), il s’est écoulé trois ans — le temps du pourvoi en cassation. Une fois ce recours rejeté, la peine devient exécutoire et l’arrestation peut intervenir à tout moment.
Et sur KAN3REF ?
Victime de chantage en ligne ou de diffusion d’images privées : quels réflexes adopter et où porter plainte ? Notre fiche sur la cybercriminalité, dans la rubrique droit pénal, détaille les infractions numériques les plus courantes et les démarches pour faire valoir vos droits.
Sources
- Maroc Hebdo, « Affaire “Hamza mon bb” : Dounia Batma, la scandaleuse » (12/01/2024) — https://www.maroc-hebdo.com/article/affaire-hamza-bb-dounia-batma-scandaleuse
- Le Desk, « Affaire “Hamza Mon BB” : la chanteuse Dounia Batma quitte la prison de l’Oudaya à Marrakech » (31/01/2025) — https://ledesk.ma/encontinu/affaire-hamza-mon-bb-la-chanteuse-dounia-batma-quitte-la-prison-de-loudaya-a-marrakech/
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