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Illustration aquarelle marine et or du détroit de Gibraltar la nuit, vu depuis la côte de Tétouan : un phare éclaire un port à grues, un bateau rapide laisse un sillage lumineux sur la mer sombre, le rocher de Gibraltar au loin
Grandes affaires criminelles

Erramach, le « Pablo Escobar de Tétouan » : le procès qui a fait tomber des juges et des gendarmes

En 2004, le baron de la drogue Mounir Erramach est condamné à vingt ans de prison à Tétouan. Son procès entraîne des magistrats, des gendarmes et des douaniers.

🗓️ Affaire du 25 mai 2004

Un baron de la drogue ne tombe jamais seul quand son empire repose sur des protections. Le procès de Mounir Erramach, en 2004, l’a démontré de façon spectaculaire : aux côtés du trafiquant de Tétouan, la justice marocaine a jugé et condamné des magistrats, des gendarmes, des policiers et des douaniers — ceux-là mêmes qui étaient censés l’arrêter. Retour sur l’affaire qui a révélé, au grand jour, la mécanique de la corruption dans le nord du pays.

L’histoire

Mounir Erramach naît en 1973 à Ceuta et grandit à Tétouan. Il commence par la contrebande de cigarettes, qui lui vaut ses premières condamnations dès les années 1990, avant de bâtir un réseau d’exportation de haschich et de cocaïne vers l’Europe à travers le détroit de Gibraltar. La presse le surnomme le « Pablo Escobar de Tétouan », ou « du Nord ». En août 2002, il est arrêté une première fois ; la presse racontera qu’il aurait alors « acheté » sa liberté. Ce qui est certain, c’est qu’il ressort libre — et que le système qui le protège fonctionne encore.

Tout bascule dans la nuit du 3 au 4 août 2003. Un règlement de comptes entre trafiquants rivaux éclate au complexe Kabila, à Marina Smir, à proximité de la résidence de vacances du roi. Sabres et battes de baseball : la scène, à quelques mètres du séjour royal, déclenche une réaction au sommet de l’État. Erramach est arrêté quelques jours plus tard. Pendant l’instruction, il livre des noms : ceux de hauts fonctionnaires qui, selon lui, couvraient ses convois.

Le procès dépasse alors le cadre du narcotrafic. Une trentaine de coaccusés comparaissent avec lui : des magistrats de la cour d’appel de Tétouan, des membres de la gendarmerie royale, de la police et des douanes. Les peines prononcées contre ces fonctionnaires iront de huit mois de prison à la réclusion à perpétuité. Le 26 mai 2004, la cour d’appel de Tétouan condamne Mounir Erramach à vingt ans de prison ferme, assortis d’une amende douanière vertigineuse de plus de 3,3 milliards de dirhams réclamée par l’administration des Douanes, partie civile. La Cour spéciale de justice — juridiction d’exception qui sera dissoute la même année — le condamne en outre à trois ans supplémentaires pour, notamment, corruption et constitution de bande criminelle.

Incarcéré à la prison centrale de Kénitra, Erramach y purge l’intégralité de sa peine. Le 15 août 2024, après vingt et un ans derrière les barreaux, il recouvre la liberté, à 51 ans. Son nom reste associé au plus grand procès pour corruption du Maroc des années 2000.

Ce que ça enseigne sur le droit

  1. La corruption est un crime autonome, des deux côtés : corrompre un fonctionnaire et se laisser corrompre sont deux infractions distinctes, punies de prison. Le procès Erramach a montré que la justice pouvait frapper le corrupteur et les corrompus dans le même dossier, magistrats compris.
  2. La partie civile n’est pas toujours un particulier : l’administration des Douanes s’est constituée partie civile pour réclamer la valeur des marchandises et des droits éludés. C’est à ce titre qu’a été prononcée l’amende de plus de 3,3 milliards de dirhams — une somme que le condamné ne paiera jamais intégralement, mais qui permet à l’État de saisir ses avoirs identifiés.
  3. Les juridictions d’exception ont existé : la Cour spéciale de justice jugeait les crimes économiques et financiers impliquant des fonctionnaires. Jugée contraire aux standards du procès équitable, elle a été dissoute en 2004, et ses dossiers transférés aux juridictions ordinaires.
  4. Le trafic de stupéfiants, un faisceau d’infractions : dans ce type de dossier, le trafic international se double presque toujours d’autres chefs — constitution de bande criminelle, détention d’armes, corruption, blanchiment. Les peines prononcées par différentes juridictions peuvent se cumuler, comme ici vingt ans plus trois ans.
  5. Une peine purgée s’éteint : après vingt et un ans d’incarcération, Erramach est sorti libre, sans mesure de sûreté supplémentaire. Le droit marocain ne connaît pas, pour ces infractions, de « perpétuité réelle » : une fois la peine exécutée, le condamné recouvre l’ensemble de ses droits civiques, hors peines accessoires prononcées.

Et sur KAN3REF ?

Corruption, partie civile, peines et amendes : nos fiches pratiques expliquent en langage simple comment fonctionne un procès pénal au Maroc, ce que signifient les peines complémentaires et comment une amende ou des dommages-intérêts sont recouvrés.

Sources

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⚖️ Information générale, pas conseil juridique. Ce récit est rédigé à partir d'informations de presse et vise à expliquer le droit simplement. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. KAN3REF — كنعرف est une marque indépendante, sans lien avec un service public.